Réfléchir sur la ville et la forêt, c'est-à-dire sur leurs rapports conflictuels ou harmonieux, c'est se poser la grande question de la manière dont l'homme habite sur terre. Celui qui, naguère, regardait avec mépris l'homme qu'il traitait de sauvage (du latin silva, qui veut dire forêt ) semble aujourd'hui prendre conscience de ce qu'il perd en s'éloignant de la nature et en la pliant sans ménagement à ses impératifs économiques (déforestation, pollution, etc.). L'urbanisation et l'explosion démographique des villes apparaissent, cependant, comme un mouvement irréversible. D'où, l'importance et, sans doute, l'urgence de cette réflexion.
Le citadin n'a pas toujours porté le même regard sur la nature et la forêt. Les citations qui suivent n'ont d'autre but que celui d'illustrer la diversité des points de vue.
Ecologiste, avant la lettre, Rousseau dénonce le massacre des forêts par l'arrogance des cupides : « Dès qu'un homme eut besoin du secours d'un autre; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons. » (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 2° partie).
L'idée que la ville se développe en s'éloignant de la nature triomphe au XIX° siècle, qui rêve de Progrès (la majuscule est ici de rigueur) : « L'opposition entre la ville et la campagne fait son apparition avec le passage de la barbarie à la civilisation, de l'organisation tribale à l'Etat, du provincialisme à la nation, et elle persiste à travers toute l'histoire de la civilisation jusqu'à nos jours » (Marx et Engels, L'idéologie allemande, I ).
L'opposition de la ville et de la campagne pouvait apparaître comme inexorable : « la ville est le fait de la concentration de la population, des instruments de production, du capital, des plaisirs et des besoins, tandis que la campagne met en évidence le fait opposé, l'isolement et l'éparpillement. » (ibid.).
Dès le XVII° siècle, Descartes conçoit l'idée que la ville doit être une pure construction géométrique, l'oeuvre de la raison qui calcule : « les bâtiments qu'un seul architecte a entrepris et achevés ont coutume d'être plus beaux et mieux ordonnés que ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder, en faisant servir de vieilles murailles qui avaient été bâties à d'autres fins. Ainsi ces anciennes cités, qui, n'ayant été au commencement que des bourgades, sont devenues, par succession de temps, de grandes villes, sont ordinairement si mal compassées, au prix de ces places régulières qu'un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine, qu'encore que, considérant leurs édifices chacun à part, on y trouve souvent autant ou plus d'art qu'en ceux des autres; toutefois, à voir comme ils sont arrangés, ici un grand, là un petit, et comme ils rendent les rues courbées et inégales, on dirait que c'est plutôt la fortune, que la volonté de quelques hommes usant de raison, qui les a ainsi disposés. » (Discours de la méthode, 2° partie).
Aux yeux du philosophe, la nature est destinée à être dominée par l'homme. Son rêve est déjà celui de la civilisation technologique : « les hommes doivent se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » (Discours de la méthode, 6° partie).
C'est contre cette conception géométrique de la ville, qui ne se soucie que de fonctionnalités, que s'est développée, au XX° siècle, l'architecture dite organique, animée par la volonté de s'inspirer des formes de la nature et de tenir compte de l'harmonie avec les sites naturels (Wright, Aalto, etc.). C'était, déjà, l'architecture de Djenné, par exemple, une ville négro-africaine située dans l'actuel Mali et dont l'origine remonte au XVI° siècle.
Pour le poète, la forêt parle le langage précieux des harmonies naturelles :
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
(...)
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
(Baudelaire, « Correspondances »)
C'est la rupture avec la nature que déplore le poète Césaire dans le regard critique qu'il pose sur la ville coloniale de sa jeunesse : « Au bout du petit matin, cette ville plate __ étalée, trébuchée de son bon sens, inerte, essoufflée sous son fardeau géométrique de croix éternellement recommençante, indocile à son sort, muette, contrariée de toutes façons, incapable de croître selon le suc de cette terre, embarrassée, rognée, réduite, en rupture de faune et de flore. » (Cahier d'un retour au pays natal ).
Peut-être revient-il au poète de dire l'aurore des villes à réinventer :
Ce soir est un désir de Carthage
sans Annibal
et sans Salambô
aux lagunes du crépuscule...
Un désir de Carthage et sans empire...
(...)
Ce soir est un désir d'aurore
de Bahia à Bagdad
Sans ors et sans gloire
l'Amazonie en mémoire
Un désir d'aurore et sans ostensoir...
(Claude-Henri NORE, Zadig est de retour, « Poème Fou I : L'anarcho-poème »)
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J'ai souhaité aller ce café-philo. J'avais malheureusement manque les deux premiers, et je voulais connaître l'atmosphère de cette invitation au débat et à l'échange.
Entre 9H et 11h, au Bar des Amandiers, entrée libre, soit.
Je suis arrivée devant le bar à 10h : nulle trace d'une quelconque animation... Je ne me décourage pas, et j'aperçois, sur la porte donnant accès à l'intérieur du bar, une pauvre affichette indiquant "kaféphilo". Je pousse la porte, et je découvre une salle vide, avec au fond, sur ma gauche, une petite table autour de laquelle 4-5 personnes sont rassemblées, serrées, à l'écoute de celui qui parle et dont je n'entends pas la voix. Comme elles ont l'air sérieux ! Et comme l'ensemble fait triste ! Comment, par une belle matinée de samedi, rejoindre ce groupe d'où ne s'exhale que sérieux, intellectualité, isolement, retrait... Non, vraiment, ce n'est pas ainsi que j'imaginais un café-philo. Sans doute trop influencée par des images romantiques de cafés littéraires pétillant d'une vie où l'on refait le monde, je voyais plutôt ces moments d'échanges comme un espace convivial que s'approprie le café-philo, où chaque convive, installé n'importe n'importe où dans la salle, devant son café, son thé, ou sa bière, intervient - où n'intervient pas, écoute, entend... des animateurs qui ont quelque chose à faire partager.
Enfin, bref, déçue, j'ai refermé la porte et je suis repartie.
Quel dommage, cependant, Yamilé, que vous ne soyez pas restée ! Il est vrai que la pénombre de l'arrière-salle confère aux conciliabules un aspect feutré, je vous accorde que nous semblions sûrement sérieux comme des papes à ce moment-là. Il est vrai aussi que les intéressé(e)s ont plutôt tendance à arriver tard. Vous n'avez donc perçu que le démarrage de cette session par la suite fort divertissante. La participante et les participants étaient d'horizons divers et la discussion parfois très animée... Je pense que si vous aviez choisi de percer les apparences en demeurant, vous eussiez bien ri avec nous. Je vous concède que nous avons dû paraître sinistres au départ - mettons entre 9h30 et 10h30 - mais la réflexion s'est poursuivie dans la bonne humeur. Avec un punch à l'issue des échanges...